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Le Pin Canarien : un pacte avec le feu

oct. 10, 2010

Actualisation : mai 2017

 

 

 

 

 

30 juillet 2007 au matin -  Avec des pointes dépassant les 38º, les températures battent des records de chaleur dans l’archipel des Canaries. Le vent balaye les îles  en de violentes rafales qui augmentent la sensation de sècheresse, l’air est irrespirable. Depuis 3 jours déjà, l’île de Gran Canaria est la proie des flammes. De bien tristes reportages font la Une des journaux locaux et nationaux : un des plus grand « pinar » (forêt de pins) de l’île se réduit en cendres au fil des heures, le désastre durera jusqu’au 1er août.

A Tenerife, ce qui reste à ce jour comme  " le grand incendie de 2007"  vient aussi de se déclancher sur le versant nord, dans la commune de Los Realejos, il est environ 9h30.

 

Incendies simultanés sur Gran Canaria et Tenerife - 30/07/2007 - Satéllite

 

En 48h, poussé par la furie du vent, un feu incontrôlable va parcourir une distance de plus de 40 kms entre le nord et le sud-ouest de l’île, en contournant le massif montagneux central. Rien  n’arrête les flammes qui dévorent la couronne forestière jusqu’aux frontières du Parc National du Teide, et ravagent habitat rural, fermes, cultures et espaces naturels protégés sur leur passage. Rien ne sera épargné, pas même le célèbre site au relief accidenté de Masca, et sa verdoyante palmeraie.

 

  

 

Outre le territoire de  Los Realejos, seront affectés ceux de La Orotava, San Juan de la Rambla, La Guancha, Icod, Garachico, El Tanque, Santiago del Teide, Guía de Isora… au total, 4.200 personnes sont évacuées, et 16.800 hectares de zone forestière et de terres calcinées.

Lorsqu’enfin le nuage de cendres qui obscurcit le ciel depuis deux jours s’estompe, sur des kilomètres et des kilomètres de routes et des sentiers de randonnée, c’est la désolation.

 

 

 

Juillet  2009 - On avait beau le lire dans les livres, on avait beau nous le raconter, deux ans plus tard, quasiment jour pour jour,  il faut se pincer pour le croire.

Si vos pas de voyageurs vous amènent à traverser cette enorme massif  qui semblait sacrifié, il se peut que vous trouviez à la forêt un petit air de « balais brosse »… Qu’elle vous semble un peu « patraque »… Mais il n’en est rien ! Ce que vous avez devant vous, c’est une forêt vitale, en pleine forme, en pleine récuperation : c'est le miracle du "Pinus Canariensis" !

 

Photo Laurence Roussel pour Tenerife Autrement - Un an après l'incendie

 

Conifère endémique des Iles Canaries, le pin canarien a traversé les siècles sur une terre façonnée par les éruptions volcaniques (pour mémoire, la dernière éruption sur Tenerife remonte à 1909 : celle du Volcan Chinyero), il a donc « appris » à vivre avec le feu, c’est ce qu’on appelle un arbre « pyro (du grec « pyros » : feu) résistant ». Il fait partie des 5 espèces de pins au monde capable de survivre au feu.

De constitution robuste, il possède de vigoureuses racines lui permettant de se développer sur des types de sols arides peu commodes, tels que les « malpaíses », ces étendues de laves rugueuses et scoriacées qu’ on peut  observer dans les zones de volcanisme récent, sur la route d’accès au Teide par Chío, sur le site du Volcan Chinyero (1909) et du Volcan Boca Cangrejo (1492) entre autres. Mais il est également capable de s'adapter à l'humidité et aux températures plus fraîches du luxuriant "monte verde", sur le versant nord, laissant de longues chevelures de mousses se balancer à ses branches.

Son écorce peut atteindre 8cm d’épaisseur, elle pousse en couches « laminées» qui se superposent les unes aux autres, c’est ce qui le rend capable de supporter le passage du feu en protégeant ses fonctions vitales. 4 ou 5 mois seulement après un incendie, sa capacité de régeneration permettra une repousse soit depuis le pied, soit directement depuis le tronc et les branches !

 

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 2 ans après l'incendie -Photo Laurence Roussel pour Tenerife Autrement 

 

Août 2009, 2 ans après l'incendie -  Observez dans ma blanche main encharbonnée ce morceau d’écorce arraché d’un tronc apparement carbonisé. Ces jeunes et vigoureuses pousses verdoyantes ont à peine 2 ans ! Les nouvelles branches repoussent à même le tronc, sur le « squelette » des pins dont il ne restait apparement aucun signe de vie.

  

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 3 ans aprés l'incendie - Photo Tenerife Autrement

 

Printemps 2017 : les vacanciers qui nous visitent sont sans doute loin de se douter qu'il y a 10 ans, en ces même lieux, la contemplation de kilomètres de routes et de sentiers mettait le coeur des habitants de Tenerife à l'envers.

 

  

 10 ans aprés l'incendie - Photo Tenerife Autrement

 

Comment reconnaître ce Pinus Canariensis, 

champion de la survie ?

 

Premier indice : c'est le seul de la sphère européenne et africaine a être pourvu de 3 aiguilles très flexibles pouvant atteindre 20 cm de long voire plus : si vous observez 3 aiguilles mais de moindre longueur (telles que celles du Pinus Radiata, ou Pin de Californie, espèce introduite sur l'ile, que l'on peut observer dans la montée vers le Parc National du Teide par la Orotava) ou si vous êtes en présence de 2 aiguilles, le Pinus que vous avez sous les yeux n'est pas un Canariensis.

 

Photo : Asociación los jardines de la oliva

 

Seconde piste,  aux deux types de silhouettes qu'il dessine dans le paysage :  de forme pyramidale dans sa jeunesse, puis s'arrondissant peu à peu à l'âge adulte.

 

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Et comme si tout ceci ne suffisait pas à sa renommée, le pin canarien produit deux types de bois, dont la "tea" , soit le coeur du tronc aux teintes rougeâtre, extrêment solide, résineux et odorant, résistant aux insectes, qui a servit pendant plusieurs siècles à la construction et aux travaux de menuiserie :

balcons canariens, poutres, persiennes, pressoirs à vin, boiseries en tout genre que l'on peut toujours admirer dans les maisons rurales traditionnelles, dans les patios, aux plafonds des églises,  et dans les bâtiments des petits  bourgs et centres villes  de Tenerife.

 

 

Le meilleur allié des bâtiment historiques - photos Tenerife Autrement

 

 

Depuis l’été 2007, les autorités canariennes ont enfin pris des mesures afin de protéger notre environnement insulaire si vulnérable, ainsi que les biens et les personnes : entre autre, interdiction d’accès aux aires de pique-niques et barbecues lors des pics de chaleur ou de forts vents , restriction des activités dans les massifs forestiers sur ces mêmes périodes, camping sauvage non autorisé, les moyens de lutte contre les incendies ont été renforcés... 

Rien ne sera jamais superflu : que deviendrions nous, ici ou là bas, sans les arbres ?

 

France G.

tenerife.autrement@hotmail.com 

 

 

Photos 1,2,4,5,6,7 :  Presse, Canariasenhora, Canarias7  & rtv.es

Cet article actualise "Le Pin Canarien : un pacte avec le feu" Acte 1 & Acte 2,

parus dans l'ancienne version de mon site le 10/10/2010.

Pour en savoir plus si vous lisez l'espagnol :

Sangrando en verde - Pinus Canariensis, un turista europeo que se enamoró de las islas de lavas

http://jardin-mundani.blogspot.com.es/2012/11/pinus-canariensis-un-turista-europeo.html

Arbolappcanarias - Pinus Canariensis

http://www.arbolappcanarias.es/especies/ficha/pinus-canariensis/

  

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Je remercie les auteurs de guides, les agents de voyages, les medias, les journalistes ... pour leur passage sur mon site et pour leur intérêt, et souhaite néanmoins rappeler que  citer ses sources reste la base  de l'honnêteté intellectuelle... merci à vous !