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Sabin Berthelot (Marseille 1794 - Santa Cruz de Tenerife 1880)

janv. 15, 2011

Actualisation janvier 2017 

 

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Sabin Berthelot (Marseille 1794 - Santa Cruz de Tenerife 1880)

 Ce marseillais qui aimait Tenerife d’amour

 

 

Vendredi 14 janvier, 10h30.

Comme convenu quelques jours auparavant avec le service des cimetières de la ville de Santa Cruz de Tenerife, le portail du vieux “Cementerio San Rafael y San Roque” (inauguré en 1811 et clos depuis plusieurs années pour cause de délabrement) est entr’ouvert devant nous, comme une invitation muette à pénétrer dans ce havre de silence enraciné au coeur d’un des quartiers les plus animés de la ville : celui du Marché Nuestra Señora de África.

Non sans une certaine émotion, nous parcourons les allées aux pavés inégaux, oú de hautes tombes de pierres, certaines vieilles de plus de 150 ans, rivalisent de craquelures, de fissures, d’ornementations en ferronneries oxydées par le temps, rongées par le souffle iodé de l’océan tout proche, et patinées par l’oubli.

 

Cimetière San Rafael y San Roque -Santa Cruz de Tenerife

 

D’épitaphes en chapelets de noms, dont 2 dates résument le laps de temps qui leur fut attribué sur cette terre, nous localisons enfin la dernière demeure de Sabin Berthelot, né sur les rives du Vieux Port il y a 217 ans, auquel Marseille insuffla le goût de la mer et l’envie du voyage, et dont l’ oeuvre contribua à ce que la communauté scientifique européenne des XIXeme et XXeme siècles se penche sur la singularité naturelle et culturelle de l’archipel canarien.

 

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S. Berthelot - Fils adoptif de Santa Cruz de Tenerife

Auteur de l’Histoire Naturelle des Canaries - Consul de France 

Cette fosse s’est ouverte pour moi :

Bien que l’on me dise mort, je vis ici

Né à Marseille le 4 avril 1794

Mort à Santa Cruz à 86 ans

 

 

Embarqué dans la marine durant les guerre napoléoniennes, puis dans la marine marchande qui relie la métropole aux Antilles, notre scientifique, membre de la Société Géographique de Paris, naturaliste, botaniste, zoologue, ethnologue et anthropologue, arrive à Tenerife en 1820 : c’est le coup de coeur. “Sabino” y vivra jusqu’à sa mort en 1880, adopté par les “tinerfeños” (habitantes et  habitants de Tenerife)  comme un authentique fils du pays .

Sa curiosité sans borne pour l’histoire, les us et coutumes, doublée d’ une immense passion pour la nature sous toutes ses formes, vont faire de Sabin Berthelot l’un des personnages clés dans l’investigation scientifique de la faune et de la flore, et le pionnier reconnu comme tel, de l’étude anthropologique aux Îles Canaries

 

Bulletin mensuel de la Société Linnéenne de Lyon  - octobre 2010

 

10 ans durant, il arpente les îles, recueillant plantes et témoignages. Ses récits et observations du terrain, de la vie et de l’origine des hommes en cette moitié du XIXème siècle sont un vrai bonheur, particulièrement lorsque l’on connaît les lieux et les usages tels qu’ils se présentent à nous de nos jours : ceux dont le charme perdure, ceux qui ont été dénaturés…

Les notes de ces pérégrinations insulaires sont recueillies dans les Miscéllanées Canariennes (“Primera Estancia en Tenerife 1820-1831”), qu’il reprendra et élargira sur la fin de sa vie en s’intéressant entre autre aux évolutions économiques de l’archipel, à l’avènement de la culture de la cochenille, au développement de la pêche, et à l’instauration des ports-francs.

 

     

 

En 1824, il fonde le Lycée de la Orotava avec son ami Alexandre Auber, il y travaille comme professeur. Se doute-t-il alors que deux siècles plus tard, un lycée de Tenerife portera son nom ?

 

La vallée de la Orotova vers la moitié du XIXème siècle

 

Mais l’oeuvre majeure reste à venir : la rédaction de Histoire Naturelle des Iles Canaries prendra prés de 20 longues années.

Miguel Hernández , José M. Oliver et Alberto Ralancio nous la présentent dans leur publication “Canarias, otra mirada : viajeros, exploradores y naturalistas” (Canaries, un autre regard : voyageurs, explorateurs et naturalistes) dans laquelle ils recensent toutes ces personnalités européennes qui se sont passionnées pour les Iles Fortunées dans les siècles passés, comme en témoignent de nos jours les documents recensés et digitalisés par les membres du Projet Humboldt :

 

Les documents scientifiques reflètent sur internet la fascination européenne pour les îles canaries

 

“L’Histoire Naturelle des Iles Canaries est, sans doute, le travail le plus important de l’histoire scientifique de l’Archipel.Ses auteurs et éditeurs sont deux éminents naturalistes : le français Sabin Berthelot, membre de la Société de Géographie de Paris, et l’anglais Philip Barker Webb, membre de la Royal Society.

Tous deux collaborèrent étroitement durant prés de 20 ans à la rédaction de cette oeuvre capitale, à laquelle participèrent les meilleurs zoologues et botanistes du moment – en majorité français -, ainsi que de remarquables dessinateurs et graveurs. La publication vit le jour à Paris et dura de 1835 à 1850, tout d’abord sous forme de fascicules, puis en 10 volumes, dont un sous forme d’atlas de grand format.

Sabin Berthelot, principal rédacteur de l’oeuvre, s’occupa fondamentalement de l’ethnographie, de l’histoire de la Conquête et des anciens aborigènes canariens – qu’il nomme de façon générique “les guanches” – ainsi que de la géographie physique avec des cartes de grande qualité, des statisques – une sorte d’économie appliquée –et de la géographie botanique. Sa participation fut importante dans les sections de géologie et zoologie.”

 

  

Histoire Naturelle des Iles Canaries , Sabin Berthelot

Version digitalisée par : fundación canarias orotava de historia de la ciencia

 

Présent dans les cercles cuturels et progressistes de la ville, collaborant au développement de l’éducation, des beaux arts, de l’industrie, du commerce, fervent défenseur de l’environnement naturel insulaire, un temps directeur du Jardin Botanique de la Orotava situé à Puerto de la Cruz (Jardín Botánico), il est nommé en 1847 agent consulaire intérimaire de France, puis Consul de France en 1874, à Santa Cruz de Tenerife.

4 ans avant sa mort, la ville lui attribut le titre honorifique de “fils de la ville de Santa Cruz”.

A la fin de notre visite nous n’avons pas résisté à l’envie d’égayer la tombe de Sabin Berthelot d’une brassée de bougainvilliers cueillie à même les murs du cimetière, et d’une coquille d’escargot trouvée là, entre les pavés, pour lui qui de son vivant aima tant les fleurs et les petites âmes de “son” île.

 

 

Touché par mes récits sur cet homme dont il ne connaissait rien, et par mes propres origines de marseillaise ayant jetté l’ancre à Tenerife, le gardien du cimetière oublié a promis : ”Quand je passerai par là, je remettrai des fleurs fraîches...”

 

Sabin Berthelot , effectivement, vit toujours ici...

 

 

 Rue des fleurs, Santa Cruz de Tenerife baptisée Sabino Berthelot le 11/12/1901

 

 

Le cadeau de son ami Carl Bolle, naturaliste et collectionneur, membre de la Société Allemande d’Ornithologie  : un petit oiseau qui porte son nom, le pipit de Berthelot (Anthus berthelotii), originaire des Iles Canaries et de l’Ile de Madère : on le croise souvent sur les hauteurs de Tenerife.

 

 

 

Une belle plante originaire des Iles Canaries pousse également à la mémoire de Sabin Berthelot : Le Lotus Berthelotii. A El Sauzal, sur la côte nord de l'Île, le lycée d'enseignement supérieur lui a été dédié :

 

  

Instituto de Enseñanza Superior Sabino Berthelot, El Sauzal , Tenerife

 

L'oeuvre d'une vie

 

Miscellanées Canariennes, premier séjour à Tenerife (1820-1830)

Miscelaneas Canarias - Primera estancia en Tenerife

Textes inclus dans Histoire Naturelle des Iles Canaries

Histoire Naturelle des Iles Canaries (1835 à 1850)

Historia Natural de las Islas Canarias

Edition digitalisée par la Fundación Canaria Orotava de Histoira de la Ciencia

Ethnographie et Annales de la Conquête des Canaries (1842)

Etnografía y Anales de la Conquista de Canarias

Catalogue anthropologique des coutumes, organisation sociale et politique, religion, langue et traditions historiques des aborigènes canariens, et survivance de ces caractéristiques dans la population actuelle des îles.

Arbres et Forêts (1880)

Arboles y Bosques

Témoignages sur les arbres historiques et légendaires des Canaries (palmiers, pin canarien, drago, cèdre) et description de la végétation forestière

Antiquités Canariennes (1879)

« Annotations Sur L'Origine Des Peuples Qui Occuperent Les Isles Fortunées »

Berthelot y complète, 40 ans plus tard, Ethnographie et Annales de la Conquête

 Paysages des Iles Canaries au XIXème siècle

Gravure extraites de Histoire Naturelle des Iles Canaries

Hommage aux Canaries au naturaliste Sabin Berthelot, en l’honneur du centenaire de sa mort

El País, 12/11/1980

Projet Humboldt

Le projet Humboldt prétend divulguer le rôle qu’ont joué les expéditions scientifiques dans la découverte du monde. Il a commencé en avril 2002, fruit de la collaboration entre l’Institut Max Planck de l’Histoire de la Science de Berlin et la Fundación Canaria Orotava de l’Hisoire de la Science à Tenerife.

 

France G.

tenerife.autrement@hotmail.com

 

 

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