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La Banane des Canaries : Acte II

mai 31, 2013

 

Acte II 

 "Dis maman, comment ça pousse la banane ?"

 

 

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Verdoyantes et secrètes bananeraies- Quelque part dans l'Ouest de Tenerife

 

 

Au rayon des fruits les plus communément et goulûment engloutis ici aux Canariees tout comme aux 4 coins de la planète, figure assurément la douce, la moëlleuse, la réconfortante banane.

Et pourtant... La curiosité et les questions de mes visiteurs me confirment chaque semaine que si la croissance de la pomme n'a de secret pour personne, il n'en va pas de même, loin s'en faut, pour le fruit du bananier.

Je vous invite donc à pousser le portail de la "huerta", afin de partager quelques minutes d'étonnement au pied de cette merveille de couleurs et de sophistication qu'est la "platanera", le bananier en espagnol dans le texte, dont les hectares de cultures font partie intégrante du paysage rural de l'île.

 

 

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Chuuuuuuuuuuut ! Entrons sur la pointe de pieds...

 Un futur régime vient de naître ! 

 

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Tout a commencé il y a environ 9 mois, lorsqu'une vigoureuse petite tige de cette herbe géante qu'est le bananier a vu le jour au pied de la tige-mère. Ici en espagnol, on l'appelle "el hijo", le fils... Pour tout vous dire, la tige-mère s'appelle aussi volontiers la tige-père.

 

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El "deshijado"

 

Ce fiston n'est pas là par hasard. Il a été soigneusement choisi parmi plusieurs de ses petits frères, en fonction de critères rigoureux : sa bonne mine prometteuse, son exposition, son éloignement par rapport aux autres pieds, c'est l'action de "deshijar", "ôter le fils", âmes sensibles s'abstenir !

Si frêle encore, mais déjà chargé d'une lourde mission : porter la future récolte de l'année, oú celle de l'année prochaine, selon le versant de l'ìle sur lequel il a vu le jour.

Le "deshijado" est une tâche primordiale qui suppose un savoir faire, et ça s'apprend, de père en fils, ou en stage de formation... 

 

Démonstration de "deshijado"organisée par le

bureau du développement rural (Guía de Isora-Tenerife)

 

Exercice pratique :

Alors, et vous... vous sélectionneriez lequel ?!

 

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Les mois passent, et la petite tige adolescente prend forme : enroulées sur elles-même, formant un "pseudo-tronc", ses feuilles déploient un vert festif et insouciant qui joue avec la lumière.

 

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"La bellota" : une fleur qui en cache d'autres

 

L'âge adulte vient souvent trés vite dans le royaume végétal. 9 mois aprés avoir vu le jour (un peu plus tard sur d'autres versants de l'île), du haut de ses 2 à 3 mètres, notre petite tige devenue grande va "accoucher" ("parir" en espagnol) d'une surprenante inflorescence en forme de gros épis qui jaillit d'entre les feuilles sur la partie haute du tronc, terminée par la "bellota", ce "gland" aux superbes tons violacés et orangés que les non avertis prennent, de façon erronée, pour "la fleur".

 

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Or "la fleur" du bananier est bien plus complexe que celà : e long de l'axe de cette inflorescence qui va croître en s'allongeant vers le sol, chaque bractée (pour faire simple, ces parties de la fleur en forme de feuille) offre un abris à une "main" de futures petites bananes pour l'instant encore à l'état, elles aussi, de fleurs délicates.

 

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Au fil des semaines, la "gousse" qui porte la fleur grandit, et se remplit de pulpe : le fruit prend forme et texture.

 

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" Desflorillar " : une tâche olympienne et hautement féminine  

 

L'extrémité qui porte la fleur sécrète un suc susceptible d'abîmer le fruit avec le temps. Il va donc falloir ôter les fleurs une à une : chaque fleur de chaque banane de chaque régime de chaque bananier de toute la bananeraie !

 

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Orde d'idée : le sol de la bananeraie depuis laquelle je rédige cette bafouille porte 2.300 pieds. Celà en fait, des petites fleurs qui attendent les mains agiles des "deflorilladoras", ces dames et señoritas qui s'y collent, avec la dextérité propre aux années d'expérience.

 

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Voilà nos futures banane toute proprettes, il reste à séctionner la "bellota" pour que la plante concentre son énergie dans la partie supérieure du régime, et que la croissance des fruits passe à la vitesse supérieure.

 

Avant

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Aprés !

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El Horcón

 

 Le poids du régime (40kg en moyenne au moment de la récolte dans le sud-ouest de l'île) et les fortes rafales de vent peuvent mettre à terre des mois de soins et de patience : il faut aider le bananier à supporter les 3 à 6 mois (à Tenerife et selon les versants) que mettront les fruits à arriver à maturation par la pose d'un "horcón".

 

 

 

Clin d'oeil à l'attention des résidents aux Canaries et des lecteurs hispanophones rompus à l'accent et aux particularités locales du parler canarien : Arístides Moreno, natif de Gran Canaria, fait partie des auteurs compositeurs locaux qui sous des  apparences humoristiques et "cool" dénoncent les problèmes sociaux de l'archipel.

Autant dire qu'au vu de la situation économique actuelle, Arístides fait un malheur toutes générations confondues, le voilà dans "Horcón Boys", une satyre de la vie de plus en plus compliquée que les directives, les administrations et les technocrates font aux petits propriétaires des bananeraies.

 

Horcón Boys, Arístides Moreno

 

Le travail des hommes, le soleil des Canaries et l'eau des volcans ont parachevé leur ouvrage : le régime est prêt pour la cueillette, encore vert à l'extérieur mais juste à point à l'intérieur pour supporter les quelques jours à peine qui le séparent des étals locaux et ceux de l'Espagne péninsulaire, oú il arrivera arborant son beau jaune appétissant.

 

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8h du matin à la bananeraie, la "podona" entre en action

 

Le moteur "du-camion-des-bananes" retentit dans l'allée, des voix s'interpellent, on va et vient dans les parcelles :  c'est un jour de ramassage, et du grand départ vers la coopérative.

Le kit du parfait ramasseur de bananes consiste en une "podona" pour trancher, et une "almohadilla" pour amortir le choc de 40 à 60kg de bananes susceptibles de vous tomber sur l'épaule, ainsi que pour protéger les fruits, sensibles au moindre choc. 

 

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Dans la seconde qui suit, un coup de podona tranche la tige-mère.

 

 

C'est maintenant au tour de son rejeton de prendre le relais, de croître en sagesse et en beauté jusqu'à la prochaine récolte :  un beau cycle de vie, une belle "herbe", de belles couleurs, un beau et bon fruit : le bananier, un régime de bonheur !

 

Photo de famille

 

Vous loger dans une bananeraie lors de vos prochaines vacances ? contactez-moi !

 

France G. 

tenerife.autrement@hotmail.com  

 

 

Una lluvia de plátanos (Une pluie de bananes)

Asprocan – Asociación de Productores de Plátanos de Canarias 

  

 

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Je remercie les auteurs de guides, les agents de voyages, les medias, les journalistes, pour leur passage sur mon site et pour leur intérêt, et sou-haite néanmoins rappeler que  citer ses sources reste la base  de l'honnêteté intellectuelle... merci à vous !